Faut-il vendre des médicaments à l’unité pour améliorer l’observance ?

Réduire les frais de santé et améliorer l’observance grâce à la délivrance des médicaments à l’unité : l’idée était séduisante. Un an après le lancement d’une expérimentation en ce sens menée dans une centaine d’officines françaises, les pharmaciens sont néanmoins sceptiques. Entretien avec Jean-Luc Fournival, Président de l’Union Nationale des Pharmacies de France (UNPF).

Il y a un an, une centaine de pharmaciens volontaires se lançaient dans l’expérimentation de la vente des médicaments à l’unité. Quel est le résultat de cette initiative ?

Jean-Luc Fournival : L’expérimentation a été demandée sur une classe thérapeutique très particulière, à savoir les antibiotiques : un choix qui ne nous semblait pas être le plus pertinent, étant donné qu’il s’agit du seul axe de prescription qui est conforme à l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) en général. En d’autres termes, les « boîtages » des antibiotiques sont bien faits : si un patient se voit prescrire 2 comprimés par jour pendant 6 jours, il aura une boîte de 12 comprimés. Du coup, on pouvait se douter que dans ce cas l’inobservance ou la surconsommation n’étaient pas liées à la posologie… Avec le choix des antibiotiques, les officines ont surtout perdu beaucoup de temps à redécouper manuellement les plaquettes de médicaments pour les distribuer à l’unité, sans parler de la lourdeur administrative et des réticences des patients. Au final, l’idée n’était pas mauvaise mais l’application n’est pas une réussite.

Sur quel type de classe thérapeutique ce système pourrait-il s’avérer efficace ?

Il aurait été plus pertinent d’appliquer cette expérimentation aux médicaments à prendre « si besoin » : si le patient ressent par exemple une douleur qui peut nécessiter la prise d’antalgiques et d’anti-inflammatoires. Dans ce cas, c’est le patient qui fait le choix de la prise de médicament, et en délivrant des unités thérapeutiques on aurait certainement pu améliorer l’observance et réduire le gaspillage.

Vous restez donc malgré tout favorable à l’idée d’une délivrance des médicaments à l’unité ?

Oui, la délivrance à l’unité est une bonne idée, qui a fait ses preuves en termes d’économies de santé. Cela se pratique déjà, avec pour terrain d’expérimentation depuis des années les maisons de retraite, où l’on applique la prescription de doses unitaires, avec l’utilisation de piluliers automatisés. Cela permet d’économiser 20% de facturation en moyenne, avec un taux de iatrogénie en baisse de 3-4% et un bien meilleur suivi thérapeutique. Reste que l’observance ne dépend pas que de ce critère, elle dépend beaucoup du patient, pas uniquement du pharmacien, et les solutions sont à trouver du côté de tous les acteurs : pharmacien, médecin, patient… Pour l’UNPF, le défi aujourd’hui est de repositionner le pharmacien et de repenser son rôle pour qu’il trouve sa place dans ce cercle.

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