« Le numérique doit être intégré dans la relation patient-médecin »

« Le numérique doit être intégré dans la relation patient-médecin »

Intégrer le numérique dans la relation patient-médecin mais également dans tout le système de soin : tel est le défi à court terme du déploiement de la e-santé en France. Entretien avec Jacques Lucas, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins et délégué général aux systèmes d’information en santé, qui a pour mission d’accompagner le changement de la médecine 2.0.

Quel état des lieux dresse le Conseil National de l’Ordre des Médecins du déploiement de la e-santé en France ?

Télémédecine, télésanté, prises de rendez-vous en ligne, applications et objets connectés… La notion de e-santé reste encore un vaste fourre-tout, avec des outils numériques qui concernent aussi bien la santé que le bien-être. Cette confusion des genres contribue à susciter de l’incompréhension chez les patients et les médecins. Il faut donc clarifier le concept de e-santé, qui recoupe à la fois toutes les innovations numériques qui bouleversent l’accès à l’information médicale, les échanges de données, ou encore les nombreux objets connectés et applications qui changent la donne dans le secteur de la santé. Aujourd’hui, le numérique dans la santé n’est plus une simple perspective, mais bel et bien une réalité.

Quels freins existent encore et ralentissent le développement de la e-santé ?

Selon moi, le frein principal est la conception traditionnelle qui veut que l’exercice de la médecine soit la rencontre entre un médecin et un patient. Or le digital doit être intégré dans cette relation, notamment parce que le patient, déjà ultra connecté, va chercher les informations là où il souhaite les trouver : quand il vient consulter il a généralement déjà un avis ou des pistes d’informations, et quand il ressort d’une consultation, il peut également confronter le diagnostic et essayer de mieux comprendre ce qui lui a été dit. Tout l’enjeu est que le numérique soit perçu comme une plus-value de la part du patient et du médecin.

Quels sont les défis stratégiques de la e-santé en France ?

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins veut actuellement se concentrer sur deux mesures prioritaires. D’abord, le développement d’un dossier informatisé de coordination des soins (aujourd’hui le DMP, dossier médical partagé), avec des données accessibles à tous les professionnels de santé. Pour ce faire, il faut que la gouvernance nationale fixe le cadre : échange, partage et protection des données de santé, identification des professionnels qui interviennent…

L’autre grand axe stratégique est le développement au niveau de la territorialité d’outils numériques très simples pour développer la télémédecine : il faut développer des pôles de santé pluri-professionnels et des moyens télémédicaux qui permettent l’échange des informations de santé. Nous pensons que le numérique doit être intégré dans le fonctionnement du système de soin, pour améliorer son efficience : en brisant par exemple les murs entre hospitalisation et ambulatoire, en apportant les outils numériques dans les territoires, en accompagnant le maintien à domicile de patients en fin de vie…

La e-santé est-elle également un levier d’amélioration de l’observance ?

Il est certain que les outils numériques peuvent améliorer l’observance mais attention cependant à ce que ce soit bien compris par les patients, et à ce que ces derniers ne perçoivent pas ces outils comme intrusifs. Il faut avant tout bien examiner les raisons pour lesquelles l’observance n’est pas assurée : c’est souvent parce qu’il y a eu au départ une faille, où les explications suffisantes n’ont pas été données ou comprises par le patient. Le dialogue et les nouveaux outils digitaux sont certainement deux leviers essentiels pour une meilleure observance.

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