E-santé : « La France a tout ce qu’il faut pour devenir un leader mondial »

E-santé : « La France a tout ce qu’il faut pour devenir un leader mondial » 

Le think tank apolitique Renaissance Numérique publie un livre blanc pour faire avancer le numérique en France : une série de recommandations d’experts prêtes à insérer dans les programmes des candidats. Entretien avec Olivia Grégoire, chargée de la commission santé et principale rédactrice de ces 36 propositions.

Pourquoi ce livre blanc dédié à la e-santé?

En 2014, le Think Tank Renaissance Numérique avait publié un rapport très remarqué sur la e-santé : il expliquait comment la e-santé pouvait nous permettre de passer d’un système de santé curatif à un système préventif. Dès 2016, j’ai proposé que l’on poursuive ce travail en faisant appel à des experts, pour rappeler l’importance de la e-santé et donner aux politiques des perspectives d’action pour prendre vraiment en main ce sujet. Résultat : le livre blanc de 2017 émet 36 propositions, réalisées par 17 experts d’horizons variés – professionnels de santé ( médecins et pharmaciens), institutionnels, industriels, grosses PME, petites start-up, associations de patients, juristes, etc. Nous avons veillé à proposer une vision pluridisciplinaire du sujet, en adressant des recommandations variées, au plan économique, juridique, sociétal, règlementaire ou encore médical.

 Quel état des lieux dressez-vous du déploiement de la e-santé en France ?

 Nous sommes dans une situation assez paradoxale. Nous avons tout pour être un leader mondial de la e-santé : une tradition médicale d’excellence reconnue dans le monde entier, une bonne connaissance des technologies de pointe avec des SSII et des start-up agiles et innovantes, et de très bons ingénieurs, bien formés. Pourtant, la France commence à accuser un certain retard par rapport à ses voisins européens (pays scandinaves, Italie…) et bientôt face au continent africain. Un peu comme dans le secteur de la banque et du mobile, le manque d’infrastructures essentielles de santé en Afrique booste le développement de la e-santé dans certains pays, comme la Côte d’Ivoire.

Concrètement, où en est la France ?

Les décrets de mise en œuvre de la télémédecine en France ont été publiés en décembre 2016 et entrent en application au mois d’avril 2017. En clair, depuis quelques jours, votre médecin peut être rémunéré pour une téléconsultation, et l’hôpital comme le cabinet libéral peuvent être aidés dans l‘acquisition du matériel connecté. Ce volet réglementaire était attendu, il est plus que nécessaire mais reste encore insuffisant.

 Sur le plan politique, qu’attendez-vous des décideurs ?

Il reste deux sujets à traiter en priorité dans les deux prochaines années : l’évaluation et la gouvernance de la e-santé.

L’évaluation, parce que la e-santé n’est pas une industrie de loisirs ou de grande consommation. Sans évaluation sérieuse de la fiabilité médicale et de la sécurité des données de santé, on pourrait mettre en danger la vie des citoyens. Nous avons besoin d’un système pour évaluer les objets et solutions connectés, capable de faire un distinguo précis et clair entre les produits de bien-être et les dispositifs médicaux.

Au sujet de la gouvernance, nous avons à ce jour un problème de coordination entre l’échelon national et l’échelon local. De nombreux projets pilotes sont menés par les ARS (Agences régionales de Santé) mais sans forcément bénéficier de cohérence au niveau national. On ne partage pas assez les connaissances et les retours d’expériences issues des nombreuses expérimentations menées sur les territoires. Il manque en fait une impulsion politique au plan national pour imaginer l’organisation la plus adaptée qui permettra d’accélérer le déploiement d’une politique de e-santé en France.

Avez-vous eu le sentiment que les candidats à la Présidentielle ont investi le sujet de la e-santé ?

Oui, je suis plutôt satisfaite de voir que, dans l’ensemble, les programmes des candidats n’ont pas oublié la e-santé. Ils ont abordé pour la plupart le sujet de la télémédecine, en regard des trois enjeux majeurs pour notre système de santé, que sont la désertification médicale, le développement de l’ambulatoire et la gestion de la dépendance. Tout cela ne figurait pas dans les programmes il y a cinq ans… Donc on va plutôt dans le bon sens.

 En quoi les pharmaciens et les acteurs de l’industrie pharmaceutique peuvent-ils contribuer au déploiement de la e-santé en France ?

Les pharmaciens d’officine sont des relais de proximité absolument indispensables pour déployer la e-santé. Il existe des produits innovants efficaces et très aboutis, il faut maintenant expliquer aux patients à quoi ils servent, et comment ils fonctionnent. En clair, le pharmacien a un rôle clef pour aider à faire la pédagogie des usages auprès des patients.

De son côté, l’industrie pharmaceutique s’intéresse évidemment à la e-santé, mais elle doit s’investir« par paliers », sur des enjeux identifiés, pour ne pas brouiller le message auprès du grand public, et garder sa confiance. Les laboratoires peuvent notamment avoir une action significative dans le secteur des Big Data pour faire avancer la recherche, dans un périmètre finement précisé et dans l’intérêt de la connaissance médicale.

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