Nutrigénomique : une alimentation basée sur l’ADN pour être en bonne santé ?

Nutrigénomique : une alimentation basée sur l’ADN pour être en bonne santé ?

Utiliser la génétique pour comprendre comment l’alimentation influe sur notre santé, tel est l’objectif d’un nouveau champ de recherche appelé « nutrigénomique ». Cette discipline réunissant la bioinformatique, la nutrition, la biologie moléculaire, la génomique et l’épidémiologie fait l’objet de nombreux travaux scientifiques et de développements dans l’univers des start-up.

Alors que l’on ne cesse de redécouvrir à quel point notre alimentation influe sur notre santé, un domaine de recherche émerge actuellement pour mettre en lumière l’impact de ce que nous mangeons sur l’expression des gènes. Selon la nutrigénomique, notre régime alimentaire peut modifier notre fonction génétique, et les interactions entre génome et alimentation pourraient servir de base à une compréhension approfondie des maladies comme le diabète ou l’obésité. « Ces modifications peuvent survenir directement sur le code génétique ou induire des modifications dites épigénétiques qui, tel un système d’allumage ou de verrouillage, régulent l’expression de certains gènes », pouvait-on lire dans Sciences et Avenir en 2015, la journaliste concluant alors : « la nutrigénomique laisse donc entrevoir la possibilité d’un régime alimentaire adapté à notre profil génétique et métabolique. Mais de l’avis même des chercheurs, les connaissances étant encore parcellaires, il est trop tôt pour en tirer des recommandations. »

Les start-up surfent sur la nutrigénomique

Actuellement, de nouveaux acteurs émergent dans le domaine de la nutrition pour proposer des régimes alimentaires personnalisés en fonction du génome, élaborés à partir d’un test ADN. C’est la promesse de DNAFit (https://www.dnafit.com/), une société britannique qui analyse 45 variations de gènes pour proposer à ses clients un programme d’exercice et un régime alimentaire personnalisés. Après envoi d’un simple échantillon de salive, le profil génétique est établi ainsi qu’un régime idéal avec les apports nécessaires en vitamines et nutriments, prenant en compte la sensibilité aux glucides et aux lipides, les risques d’intolérance au lactose et au gluten, la capacité à récupérer après l’exercice physique, la sensibilité au sel, à l’alcool et à la caféine, etc. Habit (https://habit.com/our-science/), une autre start-up américaine, envoie pour sa part à ses clients un kit complet leur permettant de réaliser eux-mêmes leurs prélèvements de salive et de sang à domicile, aidés d’une application pour les guider pas à pas. Une fois les échantillons transmis et une soixantaine de critères analysés par le laboratoire, les résultats sont renvoyés directement via l’application qui fournit une analyse métabolique et un plan nutritionnel adapté. En fonction des résultats, un coaching personnalisé peut être mis en place par téléphone et SMS.

Une discipline en devenir

À propos de la fiabilité et de l’intérêt de ces nouveaux services oscillant entre bien-être et santé, les scientifiques se montrent prudents. Le nombre de variations génétiques analysées – moins d’une centaine sur 10 millions de possibilités dans le corps humain – suffit-il à déterminer un profil métabolique précis ? Selon le Dr Tim Spector, Professeur en épidémiologie génétique, interrogé par le journal The Independent, « [les variantes génétiques analysées] expliquent seulement une petite partie des différences entre les gens. Il peut y avoir des exceptions comme dans les cas d’intolérance au lactose, la consommation d’alcool ou de café, l’intolérance au gluten, mais les recommandations diététiques basées sur des tests génétiques ne sont pas vraiment utiles ». D’après le Dr Turi King, Maître de conférences en Génétique et Archéologie à l’Université de Leicester, les facteurs environnementaux comme l’alimentation, l’activité physique ou le tabagisme peuvent jouer un rôle encore plus important que nos gènes, dans les cas de pathologies cardiaques par exemple. « De nombreuses interactions entrent en jeu et ce n’est souvent pas aussi simple et direct qu’on le voudrait. Mais il ne fait aucun doute qu’avec les recherches qui sont menées actuellement nous allons en apprendre de plus en plus sur les liens entre ADN, alimentation, activité physique et maladies. »

Pleine de promesses, la nutrigénomique est appelée à intéresser de plus en plus de scientifiques et d’entrepreneurs du secteur de l’e-santé. Reste que son développement est soumis aux lois en vigueur : en France, les tests génétiques personnalisés sont interdits en dehors d’une prescription médicale.

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