Alexis Normand : « les médecins doivent devenir les chefs d’orchestre de la e-santé »

 Alexis Normand : « les médecins doivent devenir les chefs d’orchestre de la e-santé »

Directeur du développement chez Withings, le leader des objets connectés pour la santé, Alexis Normand est aux premières loges pour assister à la révolution e-santé. Dans son nouvel essai publié aux éditions Eyrolles, « Prévenir plutôt que guérir : la révolution de la e-santé », il mesure l’impact des applications de santé sur les individus, la pratique médicale et notre système de santé, et appelle à sortir du principe de précaution pour jeter les bases d’une médecine décentralisée et préventive.

Pourquoi ce livre ?

L’idée m’est venue il y a cinq ans, avant même de commencer à travailler dans la e-santé. Je m’interrogeais sur les conséquences du vieillissement de la population et sur l’impact sur la société d’une technologie qui nous permettrait d’allonger notre espérance de vie… Puis je suis entré dans l’aventure Withings, et à force d’échanger avec des médecins, des entreprises, des assureurs et des laboratoires, j’ai constaté que l’on ne parvenait pas à sortir de l’inertie dans l’adoption des outils connectés ; faute de bien poser le débat, on restait et on reste toujours dans des postures caricaturales. J’ai voulu donner la parole à tous les points de vue pour essayer d’avancer et sortir du principe de précaution.

De quels outils parle-t-on ? Quelle est votre définition de la e-santé ?

J’aborde dans ce livre les nouvelles solutions qui créent une « disruption » dans la pratique médicale : les applications d’auto-mesure, de suivi médical, de coaching en rapport avec l’hygiène de vie, etc. Ces outils bousculeront à terme le modèle de notre médecine actuelle, parce qu’ils s’adressent au patient lui-même ; ils créent un nouveau territoire de santé et organisent un transfert de pouvoir du médecin vers l’individu et vers d’autres prestataires de soin. Ces innovations, qui pour la plupart peuvent encore paraître anecdotiques, parce que leur usage est limité à la sphère privée et en dehors de l’espace de la consultation médicale, vont poser de nombreuses questions sociétales. On assiste en ce moment à une hybridation croissante des deux sphères, à mesure que les patients se mettent à collecter eux-mêmes des données de santé et que les dossiers médicaux s’informatisent, et qu’ils deviennent capables d’accueillir ces nouvelles sources d’information.

Vous déplorez le silence des médecins sur ce nouveau marché des objets connectés. À quoi peut-on l’attribuer ?

Manque de temps, d’information, de formation, de prise en charge, question de génération… En effet les médecins ne se sont pas approprié le sujet de la e-santé. Même si la discussion a commencé entre le monde médical et le monde numérique pour se mettre d’accord sur la valeur ajoutée des objets connectés pour le travail du médecin, les organisateurs du système de soins, eux, n’ont pas pris la mesure des changements dans le parcours du patient et n’ont pas encore créé de mode de prise en charge à distance. Dans l’organisation actuelle de la médecine, la e-santé demande plus de travail et de responsabilités au médecin sans qu’il soit mieux récompensé. Pourtant, si les médecins ne deviennent pas les chefs d’orchestre de la e-santé, ce champ sera laissé libre aux seuls acteurs privés, assureurs, laboratoires et industriels.

Quel est le rôle de l’industrie pharmaceutique dans ce contexte ?

Les laboratoires ont pour mission de toujours mieux connaître les patients pour proposer les traitements les plus efficaces. Ils peuvent désormais ajouter des objets connectés à la prescription de médicaments pour des pathologies comme le diabète ou la sclérose en plaques par exemple. Ces solutions permettent de mesurer le service médical rendu, de lier le traitement aux pratiques du patient, à son observance. Elles permettent d’agir sur le comportement du patient, qui peut avoir une influence énorme sur le traitement. L’intérêt est double, pour le patient et pour le laboratoire. Parce que l’on peut déjà supposer que dans le futur, l’industrie pharmaceutique ne sera plus rémunérée sur la prescription et le volume de médicaments, mais sur la performance de ceux-ci.

La France est-elle en retard sur l’usage des outils connectés de santé ?

Au niveau des usages privés, la France n’est pas en retard. C’est le niveau d’infrastructures qui est insuffisant pour accueillir la révolution e-santé. Les hôpitaux sont sous informatisés, le dossier patient électronique n’existe pas et l’on est encore trop frileux sur le partage de données… Ainsi on n’est malheureusement pas en mesure d’utiliser les données générées par les patients eux-mêmes.

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