Quelles solutions pour améliorer l’observance ?

Faire de l’observance une priorité de santé publique était l’une des ambitions du colloque organisé par la revue Pharmaceutiques et le CRIP le 7 octobre dernier à lAssemblée nationale. Professionnels de santé, patients, politiques et institutionnels étaient représentés pour débattre des solutions pour améliorer la prise des traitements par les malades. Au cœur des discussions, la qualité de la relation médecin-patient et le changement de paradigme de notre système de santé vers plus de collaboration et de transversalité.

Exclure le terme d’observance ?

En proposant d’exclure le terme d’ « observance » pour lui préférer les mots « adhésion » ou « alliance », le Professeur Alain Deccache a jeté un pavé dans la mare en introduction de ce colloque intitulé : « Observance : du constat aux solutions ». Un changement de perspective qui semble avoir fait l’unanimité auprès des intervenants de cette journée : l’obéissance du patient face à l’autorité du praticien et de son ordonnance n’a plus lieu d’être dans le cadre d’une pathologie chronique impliquant plusieurs dizaines d’années de traitement. « Le patient est libre, et il faut bien faire avec. Il est essentiel qu’il ait le choix, il doit devenir co-décideur de son traitement », martèle A. Deccache, qui invite à changer la représentation même du patient qui doit devenir « actif et non soumis » et dont le vécu autant que la situation socio-culturelle et psychologique doivent absolument être pris en compte par le praticien.

L’observance doit devenir le problème du médecin

L’augmentation de la prévalence des maladies chroniques comme le diabète impose en effet aux médecins de repenser leur rôle de prescripteur, comme le souligne Xavier Girerd, cardiologue et Chef de l’Unité de Prévention Cardio Vasculaire à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière : « Certains médecins considèrent encore que leur mission s’arrête après la rédaction de l’ordonnance. Nous devons faire notre mue. L’observance doit devenir le problème du médecin. » Pour ce faire, le praticien propose une méthode simple : « poser systématiquement la question au patient : avez-vous pris votre traitement ce matin ? », afin d’engager la discussion et d’évaluer la perception et la tolérance du traitement par le patient. D’où la proposition, formulée par Sonia Trope, Directrice Générale de l’Association Nationale de Défense contre l’Arthrite Rhumatoïde (ANDAR), d’inclure les patients dans la formation initiale et continue des médecins.

Le rôle clé du pharmacien

Si la formation des médecins doit être recentrée autour de l’écoute et de l’accompagnement du patient, celle du pharmacien gagnerait à l’être tout autant, estime Alain Guilleminot, Président de l’UTIP, organisme de formation des pharmaciens d’officine. « Les maladies chroniques sont souvent silencieuses, le médicament fait disparaître les symptômes et incite le patient à arrêter son traitement. Nous, pharmaciens, ne sommes pas du tout formés à cette posture éducationnelle, nous réalisons après quelques années d’expérience qu’il nous faut changer d’attitude ». Et pour cause, le rôle du pharmacien est clé dans la compréhension du traitement par le patient, qu’il voit d’ailleurs bien plus souvent que le médecin… A. Guilleminot appelle ainsi de ses vœux la création d’un système de communication directe entre médecins, pharmaciens, infirmiers et hôpitaux : le type de service que la technologie pourrait rendre aux professionnels de santé, à condition que les pouvoirs publics s’y intéressent et investissent sur ce genre de pratique, précise-t-il.

Alliance thérapeutique, alliance des acteurs

Tandis que le débat sur les nouvelles technologies insiste sur la dimension humaniste à conserver dans toute démarche thérapeutique, c’est la question du temps qui revient comme un leitmotiv dans les discussions : le temps dont manque le médecin généraliste pour écouter, accompagner, éduquer, mais aussi le temps du patient et son implication dans son traitement. La solution, selon Christine Rolland, Directrice de l’association Asthmes & Allergies : déléguer, redistribuer les tâches auprès des divers professionnels de santé, et former des équipes pluridisciplinaires autour du patient. L’ex ministre et Directeur Général de l’ARS Ile-de-France, Claude Evin, formule à peu près la même conclusion : ce n’est qu’au prix d’une meilleure communication et collaboration entre tous les acteurs -pharmaciens, industriels, assureurs, associations de patients et médecins- que l’observance pourra changer de nom et devenir une « alliance thérapeutique ».

 

Pour aller plus loin :

Étude IMS Health CRIP sur l’observance

/2014/11/12/ameliorer-lobservance-traiter-mieux-et-moins-cher-etude-ims-health-crip/

Communiqué de presse du CISS : l’observance est morte, vive l’adhésion

http://www.leciss.org/espace-presse/communiqu%C3%A9s-de-presse/l%E2%80%99observance-est-morte-vive-l%E2%80%99adh%C3%A9sion

Santé, les soins sous surveillance

http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/09/soins-sous-surveillance_1379109

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